Les différentes écoles de clarinette

On parle ici de tout ce qui touche de près ou de loin à la clarinette exclusivement.
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jp
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Les différentes écoles de clarinette

Message par jp »

En fait, c'est une question. Je ne suis pas musicien classique, et je lis parfois dans les docs des fabricants "perce anglaise" ou des choses comme ça. J'ai une petite idée de ce qu'est une clarinette autrichienne (y'a une différence avec les allemandes?) parce que une fois j'ai discuté avec un clarinettiste de là bas (qui disait surtout que c'était la zone, pourtant il était titulaire à l'orchestre de Vienne et il jouait... comme prévu). Mais c'est quoi le matos américain, quelle esthétique de son pour les anglais, américains, allemands, autrichiens, français, c'est quoi les différences?
jp
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Le Bassiste
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par Le Bassiste »

Merci de poser la question, ça m'interpelle aussi. Entre le son "Français" et le son "Allemand", par exemple, je devine comprendre ce qu'explique Dangain quand il parle de la clarinette Récital, et du son recherché lors de sa conception pour jouer un répertoire d'outre-Rhin, de 1'13 à 1'54 : https://www.youtube.com/watch?v=LnXxIjSHQJI (plus loin il parle de "rondeur" du son allemand). A part ça, je suis comme toi en manque d'explications précises sur les différentes "écoles" ou "sonorités".
" Why not the alto clarinet? " (Norman Heim, Clarinet & Saxophone magazine, septembre 1990)
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LEBOUBOU
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par LEBOUBOU »

jp a écrit : 29 mars 2021, 20:49 En fait, c'est une question. Je ne suis pas musicien classique, et je lis parfois dans les docs des fabricants "perce anglaise" ou des choses comme ça. J'ai une petite idée de ce qu'est une clarinette autrichienne (y'a une différence avec les allemandes?) parce que une fois j'ai discuté avec un clarinettiste de là bas (qui disait surtout que c'était la zone, pourtant il était titulaire à l'orchestre de Vienne et il jouait... comme prévu). Mais c'est quoi le matos américain, quelle esthétique de son pour les anglais, américains, allemands, autrichiens, français, c'est quoi les différences?
jp
Bien que musicien de religion classique (!), j'avoue être aussi un peu perdu concernant les différentes esthétiques de son.
J'ai quand même la nette impression que tout ceci était beaucoup plus d'actualité au début du siècle dernier.
De ce que j'avais retenu, le son français mondialement recherché (en France au moins!) était plus timbré et le son allemand était plus "sombre", "rond".
Bref, un son pour St Saëns et un pour Brahms e basta!
Bon.
En fait, même dans les années 50, on avait des français qui jouaient rond et d'autres pas.
Lancelot= timbré et Cahuzac (génération précédente) étonnamment rond pour l'époque!
Depuis, de toute façon, les esthétiques liées au pays, à la facture, au matériel et aux artistes facilement écoutables sur le net me semblent s'uniformiser vers une plus grande homogénéité du grave à l'aigu, ce qui favorise plus de rondeur, quel que soit le matériel et l'école.
J'y vois plus une réponse aux nouveaux styles musicaux nécessitant un ambitus plus grand et stable qu'à un souci d'école d'ici ou d'ailleurs.
Sans parler de la multiplicité des échanges au niveau mondial.
Et là, il y a eu beaucoup d'influence des profs du conservatoire de Paris où Anglais, Suisses, Italiens, Sud- et Nord-Américains sont venus étudier pour ensuite essaimer chez eux.
Pour les clarinettes allemandes ou viennoises, je ne sais pas, mais logiquement, vu leurs spécificités techniques et leur moindre diffusion elles ont dû moins être confrontées à ce phénomène d'uniformisation.
Après, tout ceci n'est que mon blabla d'observateur, non étayé par une étude exhaustive et rigoureuse des différentes écoles s'il y en a vraiment! :wink:
Ottensamer ou Baldeyrou, même combat= chanter la musique avec ampleur et passion avant tout :D
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jef
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par jef »

Moi aussi ça m'interpelle tout ça. Des échanges intéressants à venir assurément ! :D

Pour moi la difficulté première est de caractériser un son, un timbre. Comment arriver à se comprendre ? Vouloir définir un son avec des mots ça n'a pas vraiment de sens selon moi.

Ça veut dire quoi avoir un son rond ? un son timbré ? Mystère…
Père, vous ne pouvez imaginer la beauté du son de la clarinette ! W. A. Mozart, 1778.
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par LEBOUBOU »

jef a écrit : 03 avr. 2021, 14:02

Ça veut dire quoi avoir un son rond ? un son timbré ? Mystère…
Chacun aura probablement Sa définition...
Pour moi, timbré ça parle de favoriser les harmoniques aiguës. C'est quand la clarinette tire vers le hautbois. Ça peut alors partir sur le nasillard si on exagère.
Le rond, c'est le contraire, quand on favorise les harmoniques graves. C'est quand la clarinette lorgne vers la flûte ou le cor.
Ça peut partir vers le "trop" détimbré, le voilé, l'étouffé.
Il faut dire qu'ayant appris dans les années 70,on est passé du B45 au B40, passage qui correspond à mon expérience de ce que j'appelle timbré vs rond.
Mes BD4 ou 5 en rajoutent côté de ce que j'appelle "rond".
Pas facile effectivement de s'entendre sur des mots à propos de sons !
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ceciledesb
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par ceciledesb »

Pour ce que ça vaut, j’ai exactement la même définition que Leboudou
Selmer Signature Sib - Récital La - BD5 - Steuer Exclusive 3.5 - Ligaphone C.L.A.S Or

Pour retrouver mon post de présentation c'est ici

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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par Soupir »

Je demande pardon par avance pour la longueur du post (pas comme cela que je vais dépasser les 10000 posts de Dim), j'espère que cela en interessera quand même certains.

JP utilise trois termes précis, qui sont en partie interreliés mais aucunement confondus à mon sens:
- les écoles
- l'esthétique de son
- le matériel

Une image et du son valant mille mots, voici tout d'abord pour référence une description auditive et spectrale (harmonique) d'un son (le mien) qui rentre dans la catégorie "classique moderne français" (supposément assez rond sans être trop sombre, aucun vibrato), sous la forme d'une gamme chromatique (du mi grave au contre-ut):
- le son:
B40_V21_3-5.mp3
Gamme_Chromatique_Son
(4.52 Mio) Téléchargé 17 fois
- le spectrogramme:
Gamme_Chromatique_Spectrogramme
Gamme_Chromatique_Spectrogramme
Pour la méthode de test, c'est réalisé sur Buffet Festival, Vandoren B40 et anche V21 3.5 et enregistré sur un Zoom H5 (aucun effet, pas de reverb, donc ça sonne un peu plat), et j'ai fait la même chose en variant le bec (un autre B40, un B45-point, un B45-lyre), les anches (traditionelle, V12, V21, 56 Rue Lepic), et l'instrument (Buffet RC). Même spectrogramme exactement. Vous me direz les différences de matériel ne sont pas délirantes, mais mon point est que le son est principalement le fait du musicien, son embouchure et sa vocalisation plutôt que du matériel. J'ai même essayé d'émuler d'autres sonorités, pareil. Et les sons qui sont interrompus, c'est que j'ai utilisé deux doigtés alternatifs (3 pour le Sib de gorge).

Que veut dire la figure ?
- Verticalement, on voit pour chaque note toutes les harmoniques percues par le micro, notées 1,2,3,4... sur la figure, qui représentent l'harmonique de rang 1 (fondamentale), 2 (l'octave), 3 (octave + quinte), etc.
- La couleur des taches représente l'intensité sonore de chaque composante: blanc (I) étant le signal le plus fort, rouge (II) étant perceptible mais atténué (de moins de 20dB par rapport à I), magenta (III) plus atténué (-20dB à -40 dB) et bleu (IV) imperceptible à l'oreille (-40dB à -60 dB). (PS: désolé du mauvais choix de couleurs du entre II et III, Audacity dans sa grande sagesse a choisi les deux couleurs les moins reconaissables entre elles).

Donc que voit on en gros ?
- Le registre chalumeau est riche en harmoniques impaires, mais celles de rang 4 et 6 sont bien présentes, celle de rang 2 étant très atténuée.
- Pour le bas du clairon l'harmonique 2 prend de la force jusqu'à égaler la fondamentale, alors que l'harmonique 3 perd de sa force.
- Pour l'altissimo, on la fondamentale et l'harmonique de rang 2 qui sont d'égale puissance, et pas grand chose au delà.

C'est assez grossier comme description, mais à partir de cela on peut plus facilement s'entendre sur les termes pour décrire les autres types de sons et les esthétiques des différentes écoles (s'il y en a).

Les écoles

On peut parler d'école française dans la mesure où en France l'enseignement et le recrutement dans les orchestres et écoles de musique suivent une même hiérarchie (étant tous deux centralisés et hiérarchisés comme toute chose française), et où il y a une cohérence dans le matériel d'étude et la volonté de privilégier partout un jeu léger et brillant. Le conservatoire de Paris (CNSM, maintenant CNSMD car on y danse on y danse!) a poussé la standardisation jusqu'à juger tous les élèves d'une même année sur une même pièce, celle de son fameux concours du conservatoire (j'ai la liste de toutes ces pièces de 1836 à 2014, il est intéressant de voir l'évolution des tendances par professeur).

Aux États-Unis (ainsi que dans de nombreux pays non centralisés comme le Canada et l'Allemagne), on a plusieurs pôles distincts d'égale qualité (aux USA les 5 grands orchestres historiques, et au niveau académique les Curtis Institute, Julliard School, New England Institute of Music, Cleveland Institute, etc.), et une forte compétition entre eux. Pour les influences au niveau de l'enseignement, on a aux États-Unis plutôt ce que j'appelerais des lignées, indépendantes de ces établissements. Gaston Hamelin et Daniel Bonade (issus du CNSM respectivement en 1904 et 1913), on influencé une grande partie des premières générations des musiciens des grands orchestres américains (Ralph McLane, Harold Wright, Robert Marcellus, Leon Russianoff et bien d'autres. C'est pour cela qu'on dit souvent que l'école américaine est issue de l'école française (c'est encore plus le cas au hautbois avec Marcel Tabuteau). Mais d'autres influences ont existé, notamment lors des émigrations des années 30 à 80, avec beaucoup de nouveaux venus (et pas des moindres) des pays alémaniques, d'Europe de l'est et de Russie. Par exemple, Victor Polatschek est passé en 1930 de clarinette solo du philharmonique de Vienne à la même position à Boston, et a grandement influencé la façon de jouer à Boston, puis via ses élèves, ailleurs. On a aussi aux USA une formation musicale qui passe beaucoup par des harmonies avant les universités, et un matériel d'étude un peu différent de la France (Baermann plutôt que Klosé, études Rose 40/32/20, Opperman velocity studies, et les superbes "Advanced studies for clarinet" du même Victor Polatschek mentionné ci-avant).

L'esthétique de son française

Nul pays n'a plus changé sur l'esthétique du son que l'école française au cours du 20ème siècle. On est passé d'un son très nasillard et vibrant à un son plus plein, plus stable, plus proche de la rondeur allemande (souvent qualifiée de "sombre").
Joseph Marchi a écrit dans "Étude des harmoniques et du suraigu" qu'il pouvait jouer d'une façon ou de l'autre, et a différencié les deux sonorités par les harmoniques de rang pair, qui sont nettement plus présentes dans le son plus moelleux de la clarinette moderne.
Le terme "timbré" est donc non seulement subjectif mais plutôt contre-intuitif, car ce son est moins riche en harmoniques que le timbre moderne. Ce serait bien de voir un spectrogramme en un enregistrement propre de ce type de son, avis aux amateurs!

Écoutons François Étienne, clarinette solo de l'opéra de Paris dans les années 1930 à 1950:

Plus personne aujourd'hui n'accepterait une telle sonorité.

La tendance s'est poursuivie jusqu'à Ulysse Delécluse, que voici en 1952:


Louis Cahuzac a été un des premiers (et trés tôt) à avoir un son plus varié, mais un des grands noms de la nouvelle esthétique et de sa transmission a été Guy Deplus, qui a modernisé à la fois l'école française de clarinette au CNSM (par l'esthétique du son comme par l'ouverture à la musique d'avant garde), et le matériel par son rôle chez Buffet (pendant 60 ans depuis 1952, il a contribué au développement des modèles RC, RC prestige, Festival et Tosca) et Vandoren pour contribuer à créer du matériel plus performant et reflétant mieux cette esthétique sonore.

Voici Guy Deplus, en 1962, la même modernité que le son classique qu'aujourd'hui.


Sa version d'Abîme des oiseaux (Grand prix du disque 1967, malheureusement elle n'est pas sur Youtube) est la meilleure à mon avis et témoigne d'une maîtrise de l'instrument qui me bluffe à chaque fois (clarinette Buffet Crampon "Grande Longueur", Vandoren 5RV).

Et quand je parle de musique d'avant garde, Guy Deplus était avant son poste au CNSM le clarinettiste du domaine musical de Pierre Boulez et d'Ars Nova de Marius Constant, qui a composé "For clarinet" pour lui en 1974 (amis du suraigu et des polyphoniques bonjour, attention ça décoiffe):


Pour se relaxer les oreilles, je ne résiste pas à ajouter cette petite merveille d'Olivier Messiaen composée pour la classe de clarinette de Guy Deplus au conservatoire de Paris en 1986 et interprétée par lui (très probablement Buffet RC Prestige, Vandoren B45)

(faire composer un truc aussi classique à Messiaen, c'est presque que aussi fort que des polyphoniques par Marius Constant)

Et même si le nom de Guy Deplus ne vous dit rien (sa carrière de soliste date plutôt des années 1950 à 1980), celui de ses élèves au CNSM est familier à tout clarinettiste classique français: Pascal Moraguès, Paul Meyer, Philippe Cuper, Philippe Berrod, Patrick Messina, Jean-François Verdier, Romain Guyot, Sylvie Hue, Florent Héau et bien d'autres. Après le CNSM, Guy Deplus a enseigné de 1989 à 2015 à l'École Normale de Paris, il a donc formé de nombreux clarinettistes étrangers.
J'ai eu la chance d'étudier avec lui à l'École Normale, je m'empresse d'ajouter que si les noms ci-dessus représentent le gratin de la clarinette et je n'ai jamais prétendu à un tel niveau, étant plutôt, vu ma longue inactivité, à ranger au rayon des ingrédients mis au placard mais récemment décongelés (j'espère avant la date de péremption).

Pour ceux qui veulent se renseigner davantage sur Guy Deplus, je conseille la lecture de:
"Guy Deplus, l'acèse et la flamme" https://www.editions-mf.com/produit/48/ ... guy-deplus
Un rare livre consacré entièrement à un clarinettiste, dans lequel on trouve entre autres des renseignements sur la maison Buffet, ainsi que toutes les 20+ coquilles de l'édition de la sonate de Poulenc.

@Leboubou: On peut jouer nasillard ou plein avec n'importe quel bec. Paul Meyer joue un 5RV (conçu en 1935), on ne peut pas dire que son son est nasillard. Guy Deplus a beaucoup joué B45 (conçu en 1968) avant d'autres comme le B45-point, B45-Lyre, B40 et M30.

J'ai fini de vous bassiner avec Guy Deplus, mais je pensais qu'un juste hommage lui était dû sur ce forum (il est décédé en janvier 2020).

Les autres écoles

Les différences par pays, particulièrement au niveau de l'esthétique sonore, se sont ont grandement estompées depuis une cinquantaine d'années. Mais pour cela, rien ne vaut l'avis des meilleurs spécialistes eux-mêmes, et je ne saurais trop vous recommander les interviews de Andy's licorice talk à ce sujet:
https://www.youtube.com/channel/UCND6Vq ... TXA/videos
Ce sont de longues interviews (de 1h à 3h, en moyenne 1h45) où on apprend beaucoup des chefs de file, actifs ou retraités, de partout dans le monde et où la question des styles et écoles de clarinette est beaucoup abordée.

Pour la France, on a Paul Meyer, Philippe Cuper, Nicolas Baldeyrou, et pour les autres pays:

Stanley Drucker (retraité, 62 ans au New York Philharmonic, Buffet R13 principalement , et surtout le même bec --pas le même modèle de bec, le même exemplaire-- pendant 65 ans)
Michele Zukowsky (retraitée, 58 ans au Los Angeles Symphony, Clarinette allemande système Oehler)
John Bruce Yeh (49 ans au Chicago Symphony, Yamaha)
Charles Neidich (Julliard School, S & S)
Ahthony McGill (New York Philharmonic, Buffet R13 Prestige)
Ricardo Morales (Philadelphia orchestra, Backun puis Uebel)
Richard Stolzman
Eddie Daniels
Andrew Mariner (retraité, 34 ans au London Symphony, Buffet Festival)
Michael Collins
Alessandro Carbonare (Selmer)
Wenzel Fuchs (Berliner Philharmoniker)
Sabine Meyer
Martin Frost (Buffet Festival/Légende)
Anat Cohen

Bonne écoute.
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par jef »

Un grand merci Soupir,

Voila un post riche et bien documenté. Nous avons beaucoup de chance de t'avoir ici. Cultivé, l'esprit scientifique, très ouvert et drôle en plus, merci !
Je reviendrai pour tout lire, car c'est très dense.
Soupir a écrit : 05 avr. 2021, 02:39 Écoutons François Étienne, clarinette solo de l'opéra de Paris dans les années 1930 à 1950 [...] Plus personne aujourd'hui n'accepterait une telle sonorité.
Effectivement, ça chevrotte, quelle horreur. Je ne peux imaginer que son son était réellement celui-là à l'époque. Est-ce que ça ne peut pas venir de la technique d'enregistrement, où même du support ?

Le son des clarinettistes n'est-il pas meilleur aujourd'hui parce que sa restitution est largement supérieure à ce qui se faisait avant, du fait de l'évolution des techniques d'enregistrement ? Sans compter le travail des ingés sons qui peuvent l'embellir avec tout un tas de filtres.

Magnifique ton spectrogramme (visuellement parlant) ! :D
Père, vous ne pouvez imaginer la beauté du son de la clarinette ! W. A. Mozart, 1778.
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par Le Bassiste »

Merci beaucoup ! très instructif.
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par LEBOUBOU »

Message destiné à Soupir :D

j'avais fait passer un message mais en 2018, avant ton inscription.
comme je ne dispose toujours pas de matos plus sophistiqué pour analyser le spectre du son, ton avis m'intéresserait si tu peux dire ce que tu en penses, et surtout si tu peux te prêter à l'expérimentation où il était question d'enregistrer le son de différents becs pour analyser une différence ou pas...
je te laisse voir ça :wink:
viewtopic.php?f=3&t=10393
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par Soupir »

jef a écrit : 05 avr. 2021, 06:52 ... Nous avons beaucoup de chance de t'avoir ici ...
Je ne savais pas qu'on pouvait jouer du violon sur un forum de clarinette, en tout cas c'est beaucoup trop d'harmoniques pour mon ego :wink:
LEBOUBOU a écrit : 06 avr. 2021, 14:42 Message destiné à Soupir :D

j'avais fait passer un message mais en 2018, avant ton inscription.
comme je ne dispose toujours pas de matos plus sophistiqué pour analyser le spectre du son, ton avis m'intéresserait si tu peux dire ce que tu en penses, et surtout si tu peux te prêter à l'expérimentation où il était question d'enregistrer le son de différents becs pour analyser une différence ou pas...
je te laisse voir ça :wink:
viewtopic.php?f=3&t=10393
J'ai présenté le spectrogramme comme cela pour donner une visualisation de référence et montrer l'évolution du spectre harmonique vers l'aigu. Quand je dis que les spectrogrammes avec un matériel différent sont "pareils", c'est qu'il y a les mêmes taches des mêmes couleurs aux mêmes endroits. Je pense qu'a priori, si on remplace mon son par celui de ceciledesb (je n'ai pas entendu le tien, mais je le suppose similaire vu ta religion), on aura aussi les mêmes taches. Bien sûr que si on mesure plus finement, on verra des différences, mais avec cette image volontairement assez grossière je voulais en venir à deux choses:
1. Si, comme le prétend Marchi (en assumant qu'il n'était pas timbré lui-même), les sons "timbrés" sont beaucoup plus pauvres en harmoniques paires, alors cela devrait se voir à ce niveau de résolution, par exemple en éteignant des taches d'harmoniques 4 et 6 dans le chalumeau, et 2 aussi dans le clairon et l'altissimo.
2. On peut en tirer une conclusion importante sur l'intonation pour paraître jouer plus juste dans les aigus, je la détaillerai en fin de post (gros suspense pour inciter à tout lire!).

Maintenant, la courbe spectrale dans ton post, qui correspond à la coupe d'une note parallèlement à l'axe des Y, détaille beaucoup plus la situation. Avec une telle courbe, on peut bien sûr quantifier le spectre de plusieurs façons: hauteur relative des pics, intégrale de chaque pic, etc., avec autant de zéros que l'on veut après la virgule. Je ne suis pas acousticien, et je ne sais même pas comment générer une telle courbe pour chaque X avec Audacity (c'est pourtant le signal sous-jacent au spectrogramme). Un acousticien pourrait nous renseigner sur une "bonne" mesure de timbre pour une telle courbe (doit-on mesurer l'énergie de chaque harmonique comme la surface sous sa courbe ? c'est quoi la valeur de référence: la surface totale ou la surface de la fondamentale ? vous mesurez mon ignorance avec ces questions).
En revanche, je lui rétorquerai que:
- à chaque dynamique va correspondre une courbe différente, donc notre beau spectrogramme vient de se rajouter une dimension en profondeur (de ppp à fff).
- c'est certainement très intéressant de faire cela pour renseigner notre micro (et d'ailleurs je pense qu'en première approximation entre ton micro, mon zoom et un bidule à 10000 euros ça ne change pas grand chose), mais ce n'est pas ce qu'un humain perçoit, car il faut tenir compte premièrement de la réponse acoustique de notre oreille (qui change avec l'âge), mais aussi du fait qu'étant habitué aux sons de cordes et de voix, notre cerveau invente parfois des harmoniques et des sons qui n'existent pas, je joins ici une petite video intéressante là-dessus:


En supposant qu'on prenne tout cela en compte, on va arriver à un bel outil de mesure. Mais musicalement, est-ce que cela vaut quelque chose ou sera-ce aussi inutile qu'un thermomètre à 4 chiffres après la virgule pour mesurer la température corporelle ?
C'est dèjà clair que tout l'aspect de la musicalité dans l'esthétique sonore (je vais commenter plus tard sur l'école et l'esthétique sonore allemande et autrichienne car pour moi c'est des maîtres dans la musicalité classique) est hors des considérations de timbre, mais je suis assez convaincu que notre son est principalement construit dans notre tête et que l'on contraint notre matériel à le produire. À ce propos, autant j'avais écrit qu'au tout début de ma reprise de l'instrument le son produit avec mon B40 était très différent de mes vieux B45. et B45-lyre, autant maintenant que mon embouchure est refaite, le son est très proche et la différence est dans la résistance et le centrage du son. Même chose à la basse où je teste cette semaine B40, Focus et Concept (mon BD5, menacé par un futur sur l'étagère, a raison d'avoir très peur), la différence est dans la résistance et la tenue aux fortissimo, mais le timbre est très proche, sans doute parce que je l'impose. Et si l'école française de clarinette a changé si radicalement de son en relativement peu de temps, c'est que c'était principalement induit par le musicien. Guy Deplus, dans le livre mentionné ci-avant, attribue d'ailleurs une grande partie du chevrottement à l'orchestre de l'opéra au fait qu'on jouait à l'époque beaucoup d'opérettes avec des cantatrices au vibrato très intense (Edith Piaf avant l'heure ?) et que quand la mode a passé certains musiciens ont adapté leur son.

J'ai tendance, ayant fait pas mal de photographie, à penser que le matos photo et l'instrument de musique ont beaucoup en commun:
- C'est exclusivement pour l'artiste que le matos est important, et presque totalement invisible pour celui qui constate le résultat
- C'est super important pour le professionel cependant cette ergonomie et la fluidité du matériel, qui lui permet de se concentrer sur son art
- Un professionel qui maîtrise son matos va rarement en changer, et il va lui falloir une bougre de bonne raison pour cela. L'amateur fortuné va se précipiter sur le nouveau haut de gamme car il croit que cela va le rendre meilleur. Le professionel qui change de matos va produire exactement le même résultat, juste plus facilement.
- Il est impossible en constatant le résultat de dire avec quel matériel cela a été produit
- Les forums consacrés à cet art parlent tous presque exclusivement de matériel et très peu du côté artistique
Et surtout:
- Ce qui distingue un résultat superbe d'une production médiocre se mesure en intensité émotionnelle pour le spectateur et pas avec des équations, et donc il est d'une importance capitale de comprendre comment la perception humaine de son art se produit.

Conséquences du spectrogramme sur l'intonation

L'oreille humaine étant habituée à entendre des sons naturels produits par des cordes (vocales ou physiques), qui sont riches en harmoniques, va avoir tendance à percevoir un son dépourvu d'harmoniques (comme dans le haut du clairon et l'altissimo avec l'absence des rangs 3 et plus) comme étant plus bas. C'est encore plus vrai quand on joue avec un autre instrument à cordes (violon, piano, ou chant) ou un hautbois (mais pas une flute) où une note de clarinette de même fréquence fondamentale va être perçue comme plus bas. L'accordeur lui n'y voit rien, il mesure la fondamentale.
C'est dèjà peu recommandé de se référer à accordeur quand on joue une mélodie (c'est à dire en général, à mois qu'on accompagne dans des accords) car on doit pour cela suivre une intonation pythagoricienne (quintes justes) ou au moins juste et non tempérée, mais en plus ici l'outil de mesure nous trahit car il ne refléte même pas la note perçue.
Travailler d'oreille est toujours bien supérieur, mais si vous utilisez l'accordeur pour l'altissimo, pensez donc à viser plus haut que la cible voulue si vous voulez compenser la pauvreté harmonique de vos sons.
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jp
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par jp »

Intéressante discussion.

En bon physicien (euh... je suis pas physicien, je suis plutôt matheux, moi), j'ai intuitivement du mal à comprendre comment il peut y avoir des harmoniques paires dans une clarinette* (et puis ça correspond à ce qu'on m'en dit aussi, on a un nœud de vibration à l'endroit du bec, et un ventre à l'endroit du dernier trou bouché don 1/2 onde ou 1 onde et demi, ou 2 ondes et demi -> que les impaires). D'ailleurs en vocalisant, on n'arrive pas à faire sonner une octave sur note, même on arrive à faire sonner à peu près tout ce qu'on veut en "tordant" mais l'octave c'est intenable.
Du coup je me demande si les harmoniques paires ne sont pas juste de la distorsion (micro, préampli) qui est mesurée par le bidule derrière. Pour le coup ça c'est perso et intuitif... J'ai pas audacity, je sais pas comment il calcule mais je suis pas sûr de la précision du système global de mesure.

Il y a aussi que il me semble que la dérive des harmoniques par rapport à la théorie (aux multiples de la fréquence de la fondamentale) se fait en sens inverse suivent qu'on ait un instrument à cordes (parce que la corde n'est pas parfaitement élastique) ou à vent (la taille du tube fait que ça se comporte un peu comme si le tube était plus long que dans la réalité). Du coup ça fout le bordel dans les harmoniques quand on joue cordes+vents (et de toute façon c'est le bordel dans les harmoniques). Et c'est une bonne raison de plus pour jouer "allemand" : moins d'harmoniques -> moins de boxon en haut et moins de différence de timbre entre les registres.
jp

* par contre, de façon étonnante, à la clarinette basse, depuis que j'ai ma basse actuelle il y a certaines notes dans l'aigu où parfois j'ai une sorte de sub-harmonique une octave en dessous de la note que je joue. Pas forte mais audible. Ce serait intéressant de savoir physiquement pourquoi ça fait ça.

ps : Ah oui, c'est cool pour l'altissimo de taper au dessus, ça m'arrange après il y a aussi une dérive de l'oreille dans les extrèmes, les accordeurs de pianos en tiennent compte, et pas tout de la même façon...
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LEBOUBOU
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Re: Les différentes écoles de clarinette

Message par LEBOUBOU »

A nouveau un grand Merci Soupir pour ta réponse très riche d'enseignements :)
Quoi qu'il en soit de l'intérêt d'ordre intellectuel à décortiquer les paramètres du son de la clarinette, je ne peux être que d'accord avec toi: les pros ne se posent pas toutes ces questions et amènent simplement leur réponse en travaillant... avec l'aide d'un minimum de talent, tout de même :wink:
Je me reconnais bien dans l'amateur qui essaie le dernier appareil photo sorti pensant faire de meilleures photos, ça me va tout à fait, moi qui suis friand d'essayer le dernier truc en date (bec, anche, ligature...) et j'assume!
Tiens, depuis 2 ou 3 ans et après moults essais de marques et modèles d'anches, je suis passé aux V21 sur tous mes binious...
mais c'était sans compter sur le petit entrefilet lu je ne sais où et qui dit que Baldeyrou joue un BD5 (ou 4 je sais plus) avec des V12 3.5!
Mon sang ne fit qu'un tour et j'appelai ma luthière préférée pour qu'elle me mette de côté des "Baldeyrou 3.5" samedi dernier.
Sûr que le triple détaché n'aura plus de secret pour moi dans les 15 jours à venir! :lol:
Bien évidemment, ça ne se passera pas comme ça!
Ceci dit, je n'avais plus touché aux V12 depuis leur sortie, et elles me paraissent beaucoup moins difficiles à jouer, preuve que mon embouchure s'est modifiée.
Et quand tu dis que le musicien fait sa sonorité en donnant ton exemple B45/B40 qui deviennent voisins avec le travail, je ne peux qu'abonder dans ton sens.
Il traine sur Youtube quelques enregistrements sauvages de mézigue, et même si je sais que j'ai fait quelques progrès techniques depuis, je me reconnais et j'assume même le quintette de Mozart qui a pris presque 20 ans de rides!
J'ai changé de matériel depuis (clarinette, bec, anche) mais si on l'enregistre de nouveau, ça ne devrait pas changer beaucoup.
Si ce n'est que je me sens plus à l'aise, plus libre maintenant, mais est-ce que ça s'entendra???
Franck LE BOURHIS
Sib et La Selmer Privilège BD4/5JB, Alto Selmer B40, Basse BC Prestige BD5, Sax tenor Selmer série 3 Otto Link 7*
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